Au commencement était le marketing. Quelle drôle d’idée d’organiser un sommet sur le réchauffement climatique en plein mois de décembre dans une ville d’Europe du Nord ! La plaisanterie a fait le tour de Paris : le sommet de Copenhague est un succès ! La preuve ? Depuis le début du sommet la température en France a diminué de 10 degrés. Mais la climatologie de comptoir ne résout rien : si la question du « réchauffement » est vraisemblablement plus complexe qu’il n’y paraît, cela ne diminue pas, au contraire, l’urgence d’une action environnementale concertée.
Ensuite vint le choc des cultures. Les pays émergents, notamment l’Inde et la Chine, ont indiqué qu’ils ne sacrifieraient par leur développement économique à l’impératif écologique. Au moment où les pays du Nord ne sont plus les seuls à percevoir les dividendes de l’industrialisation, ils sont mal placés pour prescrire au monde entier une cure d’austérité. On l’a compris, l’homme blanc a abusé des bains chauds, des belles américaines et des cerises en hiver. A-t-il pour autant le droit d’en priver le reste de l’humanité ? L’Occident fait l’effet d’un bourgeois ventru qui, ayant trop longtemps profité de la bonne chère, imposerait une diète sévère à toute sa maisonnée ainsi qu’aux mendiants qui dorment à sa porte.
Enfin, pour achever Copenhague, il y eut l’organisation. Et l’on vit que cela était mauvais. 192 pays peuvent-ils en quelques jours s’entendre sur un plan d’action ? La conférence des Nations Unies sur le changement climatique démontre, si besoin en était, que la chose est impossible. Et, somme toute, tel était le véritable enjeu du sommet. Si le débat sur le climat comporte encore beaucoup d’incertitudes, le cas d’école demeure. Les questions environnementales sont traitées au niveau mondial pour une raison pratique : ces problèmes concernent la planète et ignorent les frontières. Du coup, il faut décider à plusieurs. Une fois enfoncée cette porte ouverte, reste à déterminer le cadre dans lequel peut être prise une décision applicable à l’échelle planétaire.
Le constat établi à l’occasion de la crise financière vaut pour les questions écologiques : les instances internationales issues de l’après-seconde guerre mondiale atteignent aujourd’hui leurs limites. C’est alors que la proposition de l’Encyclique Caritas In Veritate de création d’une Autorité politique mondiale prend tout son sens. C’est dans ce cadre, et dans ce cadre seulement, que peuvent être adoptées des orientations qui concernent l’humanité toute entière. Ce doit être une Autorité car les décisions prises doivent être applicables. Elle doit être politique car une autorité internationale qui ne serait que technocratique nous entraînerait tout droit chez Orwell.
J’ai entendu ça et là des papistes tièdes redouter cette Autorité politique mondiale qui tomberait nécessairement dans de mauvaises mains. Cela ne sera pas le cas, puisqu’elle devra, comme tout pouvoir terrestre fût-il mondial, rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Elle dialoguera donc avec une Autorité spirituelle mondiale. Laquelle ? Je n’en connais qu’une : celle de Rome.
Pierre de Lapérusse
