C’est l’histoire d’une porte…

1Montaigne vous dirait qu’à Rome, il aimait se rendre à la Porta del Popolo lorsque qu’il s’ennuyait. Il y trouvait, selon ses dires, un jardin agréable dans lequel il faisait bon dormir, seul ou en compagnie, pourvu que les maîtres ne s’y trouvassent point. Ou bien, écoutait-il sur la place du même nom, les sermons et les disputes théologiques de quelques érudits. Ou encore, se divertissait-il par la conversation des femmes publiques qui lui vendaient au même prix leur conversation ou leur commerce. Certainement Chateaubriand vaquait-il à la même occupation lorsqu’il se fit conter cette bien curieuse Légende :
Il y avait autrefois, au pied de la Porta del Popolo (la Porte du Peuple), un grand arbre sur lequel un corbeau se perchait constamment. Etonnés et superstitieux, les habitants creusèrent au pied de l’arbre. Ils découvrirent une urne sur laquelle une inscription indiquait que les cendres de Néron y étaient enfermées. Ces braves romains, qui ne devaient pas beaucoup apprécier le défunt empereur, déversèrent ces cendres aux quatre vents, et bâtirent, sur le lieu de leur découverte, une église connue aujourd’hui sous le nom de Santa Maria del Popolo (commencée à la fin du IXème siècle par le pape Pascal II et achevée en 1477, sous le règne du pape Sixte IV). D’après cette légende, et ce en contradiction avec Suétone et l’opinion courante, le Tombeau de Néron n’a jamais contenu ses cendres.

Au nom de son histoire

Mais l’histoire de cette porte ne se résume pas à une seule légende.
En effet, vers 272, l’empereur Aurélien fit construire autour de Rome un grand rempart afin de la protéger des incursions barbares. Ce mur de briques, appelé Mur Adrien, s’étendait sur 19 km et contenait 18 portes, dont l’actuelle Porta del Popolo. Celle-ci ouvrait sur la Via Flaminia, une route militaire qui menait de Rome à l’Adriatique en passant par la ville de Spolète. Elle fut réaménagée en -220 sur ordre du censeur Caius Flaminius Nepos, qui lui donna son nom.
C’est ainsi que notre porte reçut son premier nom : la Porta Flaminia.

Reliques de saint Valentin de Rome

Reliques de saint Valentin de Rome

Au IIIème siècle, l’empereur Claudius II peinait à recruter des soldats pour son armée. En effet, dépêchés sur des terres lointaines, peu d’entre eux étaient enclins à quitter épouse et famille. Irrité, Claudius décida d’enrôler tout homme célibataire sans attaches. En outre, afin d’éviter tout problème familial, il décréta le mariage proscrit pour les jeunes hommes. Malgré l’interdiction, ne pouvant cesser de s’aimer, les jeunes couples allaient trouver un humble prêtre, Valentin, qui les unissaient en secret. Mais dénoncé, celui-ci mourut en martyre et fut enterré sur le lieu de son supplice, le long de la voie Flaminia. Au fil du temps, la dévotion pour le prêtre des amoureux grandît au point que des églises furent construites en son honneur dès le IVème siècle.
C’est ainsi qu’au XIIème siècle, les romains offrirent à cette porte son deuxième nom : la Porte de St Valentin.
Ce n’est qu’en 1477, lorsque l’église Santa Maria de Popolo fut achevée, que notre porte reçut son nom définitif : la Porta del Popolo.

L’entrée de scène

3La porte del Popolo ouvre sur la piazza du même nom. Cette place circulaire aux grandes dimensions fut dessinée par l’architecte romain Valadier au XVIIème siècle.
Diamétralement opposées, deux fontaines magistrales, aux effigies de La déesse Rome et de Neptune, se font face. Selon un autre axe, deux églises jumelles, Santa Maria di Montesanto et Santa Maria dei Mirocoli, dévisagent la Porta del Popolo, décorée en 1655 par Bernin suite à la conversion de Christine de Suède au catholicisme.
Enfin, depuis 1589, se dresse au centre de la place un obélisque égyptien gravé au nom de Séthis Ier et de son fils Ramsès II, initialement situé, avec l’obélisque du Latran sur le Circus Maximus.
Jouissant de tels atouts scénographiques, la Piazza del Popolo fut le lieu d’exécutions publiques, mais aussi de certaines festivités.

Les grands passages

1506 - 2006... une aventure qui a commencé Piazza del Popolo

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La Porta del Popolo, se démarque dans l’histoire par les hommes qu’elle accueillit.
Ainsi le 22 janvier 1506, au coucher du soleil, un groupe de cent cinquante Suisses, sous le commandement du capitaine Kaspar von Silenen, du Canton d’Urie, pénétra pour la première fois au Vatican, par cette Porte, et reçut la bénédiction du Pape Jules II.  Ce jour là, la Garde suisse pontificale naissait officiellement.
Mais encore, selon les dires de Châteaubriand, le 23 mai 1824, le Pape Pie VII revint à Rome en empruntant la Porta del Popolo. Prisonnier de Napoléon Bonaparte depuis 1809, il était enfin libéré et ses états lui étaient rendus. Alors qu’il franchissait la Porte del Popolo, le pontife fut bloqué par vingt-deux orphelines vêtues de robes blanches et quarante-cinq jeunes filles portant de grandes palmes dorées s’avancèrent en chantant des cantiques. Et la multitude des romains suivait en criant : Hosanna !
Cette simple porte présente donc suffisamment d’histoire pour mériter une petite visite lors de votre prochain voyage romain !

Abbé Louis-Marie Dupin

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