Le sommet de la vérité

Le Temps sauvant la Vérité du Mensonge et de l’Envie, François Lemoyne

Le Temps sauvant la Vérité du Mensonge et de l’Envie, François Lemoyne

Qui n’a jamais été fasciné par la quête de la vérité ?
La théologie nous apprend que les diverses vérités qui existent prennent ultimement leur source en Dieu. Mais essayons, avant toute chose, de savoir ce qu’est la vérité.
La notion de vérité ou de vrai est constamment utilisée dans la vie quotidienne : elle constitue une référence, sans laquelle une personne ne peut vivre, ne serait-ce que sur le plan pratique. De nombreux exemples peuvent le démontrer, tels que la véracité d’informations nécessaires à l’organisation d’un voyage.

Qu’est-ce que la vérité ?

Chacun sait de manière plus ou moins spontanée où se trouve la vérité. Elle est le rapport entre deux éléments : une intelligence et un objet. Si la représentation qu’a l’intelligence de cet objet est en conformité avec la réalité, alors la représentation de l’intelligence est vraie. Par exemple, si je pense que la pomme est rouge et qu’elle l’est effectivement, alors mon intelligence a une représentation vraie de la réalité.  Ainsi Saint Thomas a-t-il édicté la définition suivante de la vérité : Veritas est adæquatio intellectus et rei (La vérité est l’adéquation entre l’intellect et la chose). Ce rapport produit la connaissance des choses telles qu’elles sont.
On pourra de cette façon préjuger de la véracité d’une œuvre d’art, par exemple, en observant s’il existe une similitude, une adéquation, entre ce qu’à conçu l’artiste dans son esprit et la réalisation opérée.
2En d’autres termes, la vérité est un rapport qui exige un référentiel : la réalité. En fonction de sa conformité à ce référentiel, une représentation est vraie ou pas.
Mais si la vérité se trouve principalement dans l’intelligence, elle existe aussi dans l’objet étant à l’origine de la représentation intellectuelle. Ce que l’on peut rattacher à une autre définition de la vérité : Quod est (ce qui est).
Cet objet, qui est à l’origine d’une vérité, doit être intelligible : il doit pouvoir être saisi par l’intelligence. Je ne peux énoncer une vérité sur quelque chose qui n’arrive pas à mon intelligence d’une manière ou d’une autre.
Il existe donc la vérité de l’intelligence, qui est la conformité à l’objet source de la représentation, et la vérité de l’objet qui est sa conformité avec son espèce et plus loin encore, sa conformité avec la pensée de Dieu.

Qu’arrive-t-il dans l’esprit quand une personne dit la vrai ?

Dès lors que la personne a à l’esprit la représentation d’une chose, elle en connaît l’essence. Alors elle peut juger si c’est cette représentation est conforme ou non à la réalité : elle opère un jugement dans lequel elle confirme ou infirme la validité de cette représentation. C’est là qu’elle connaît la vérité. 
Puisque qu’une intelligence et un objet qui soit référence sont nécessaires à l’établissement d’une vérité, comment Dieu pourrait-Il être la vérité ? En effet quel objet pourrait lui servir de référence?

La vérité se trouve à son plus haut degré en Dieu

Pilate au Christ : "Qu'est-ce que la Vérité ?

Pilate au Christ : "Qu'est-ce que la Vérité ?

Et cela étant considéré les deux raisons de la vérité (intelligence et objet)
Du côté de l’intelligence. Etant omniscient, Dieu connaît les êtres tels qu’ils sont. De plus Il se connaît Lui-même parfaitement, Son intelligence et Son être ne faisant qu’un. 
Du côté de l’objet. Dieu est parfaitement conforme à l’idée de la divinité. Nous pourrions dire qu’Il est conforme à sa nature, condition pour la vérité d’un objet. Non seulement Il réalise parfaitement cette idée, mais Il la constitue. Il existe en Dieu une conformité entre l’intelligence et l’être, et également une identité : Dieu est la vérité Première.
Alors qu’aucune créature ne réalise parfaitement le type de son espèce, Dieu, quant à Lui, développe l’ensemble des potentialités de son espèce. Il est la source de tout être et de toute intelligence (les deux éléments nécessaires à la production d’une vérité). Ainsi donc demeure-t-Il à la source de toute vérité.

La vérité est-elle éternelle ?

"La Vérité et le remords" de Botticelli

"La Vérité et le remords" de Botticelli

Certaines vérités, comme celles des mathématiques, semblent éternelles. Pourtant, pour qu’une vérité soit éternelle il faut que l’intelligence dans laquelle elle a été conçue soit éternelle, ce qui est uniquement applicable à l’intelligence divine. Des vérités sont donc bien éternelles, mais seulement en Dieu.
L’une des grandes questions qui se posent actuellement est de savoir s’il peut exister plusieurs vérités. Cette question, qui a différentes implications, aussi bien au niveau religieux que philosophique, possède un début de réponse simple : si un même objet est appréhendé par plusieurs intelligences, alors il existera plusieurs vérités sur cette chose. Par exemple, si plusieurs personnes se font une idée différente d’un même tableau. Cela n’implique pour autant pas le moindre relativisme : l’objet se reflétant dans les intelligences étant unique, ces vérités ne pourront se contredire.
La vérité est elle immuable ? Ce qui, par exemple, était vrai au temps de Socrate demeure-t-il vrai aujourd’hui ? Une vérité peut varier de deux façons : du côté de l’objet ou du côté de l’intelligence. En effet, une opinion peut évoluer et un objet peut changer.
Mais en Dieu, les grandes vérités sont éternelles… 

Abbé Jean-François Billot

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6 Commentaires

  1. Claude Gilbert
    Posted 6 février 2010 at 1 h 57 min | Permalink

    Merci beaucoup pour ce rappel par cette démonstration sur la vérité. (Intelligence/objet).
    Nous avons grandement besoin de nous le faire rappeler devant le relativisme ambiant.
    Merci encore pour la vérité sur la vérité.

  2. Glycéra
    Posted 8 février 2010 at 10 h 28 min | Permalink

    Vous dites : « Dès lors que la personne a à l’esprit la représentation d’une chose, elle en connaît l’essence. Alors elle peut juger si c’est cette représentation est conforme ou non à la réalité : elle opère un jugement dans lequel elle confirme ou infirme la validité de cette représentation. C’est là qu’elle connaît la vérité.  »

    Cela me rappelle une conférence entendue il y a presque 30 ans : Le maître intérieur selon St Augustin. Depuis, je cherche les textes qui étaient ce garde-fou : nous sommes capables en nosu de savoir ce qui est vrai, et nul ne peut nous l’enlever. Où se situe cette capacité ? Pourriez-vous me dire quels sont els références en St Augustin, sur cette calme certitude que donne notre Maître Intérieur quand il a respiré la Vérité ?

    Je vous en serais bien reconnaissante.
    Merci de votre article.
    Avec mes respectueuses salutations
    Glycéra

  3. l'abbé René-Sébastien Fournié
    Posted 8 février 2010 at 12 h 18 min | Permalink

    Madame,

    Concernant des pistes bibliographiques de saint Augustin relatives à ce que vous évoquez, je pense dans l’immédiat au De Vera Religione (chapitre 31 et 36) ; au De Libero Arbitrio (I) et le De Trinitate (XII). Mais il y a certainement bien d’autres lieux.

    Abbé RS Fournié

  4. Glycéra
    Posted 8 février 2010 at 15 h 36 min | Permalink

    Merci Monsieur l’abbé de ces références.
    Puis-je vous demander plus sur la dernière ? Je ne vois pas où dans le livre XII de la Trinité, je trouverais la réponse.
    Glycéra

    qui a consulté les traductions présentes sur le site abbaye-saint-benoit.ch

  5. l'abbé René-Sébastien Fournié
    Posted 9 février 2010 at 1 h 46 min | Permalink

    Oui j’ai conscience que ce n’est pas forcément ce que vous cherchez… Mais d’une certaine façon cela pouvait répondre à votre réflexion dans la mesure où saint Augustin évoque la vérité comme modèle de la pensée divine qui entre dans notre pensée humaine, à la manière du visage reflété dans un miroir. Et saint Augustin de citer Act. XVII, 28 : « Car nous sommes nous aussi de Son genre ». Ainsi la vérité première étant comparée au même genre de notre âme, il en découle cette « calme certitude » que vous évoquiez. Je sollicite peut-être un peu trop le texte de saint Augustin : XII, 15, 24….

    Abbé RS Fournié

  6. Glycéra
    Posted 9 février 2010 at 20 h 54 min | Permalink

    Merci Monsieur l’abbé de votre réponse.

    Je reste en quête sur ce sujet depuis longtemps assez vital à mon âme, je l’avoue.

    Des textes dans ceux de St Augustin, ou ailleurs ; cette question me semble avoir un bon parallèle avec les discernement des esprits : comment savoir d’où vient la locution intérieure ou l’idée qui fuse en notre pensée ? Comment séparer les visions de l’intellect dignes de foi et les élucubrations du père du Mensonge, ou les illusions de nos petites embrouilles ?

    Si vous aviez des textes ou d’autres voies à me donner, je vous serais bien reconnaissante de le faire à l’adresse mail que je viens de donner.

    Avec mes bien respectueuses salutations
    Glycéra

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